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Affichage des articles associés au libellé écrivante

Jardin d'enfants, par Stéfanie B., écrivante

PELOUSES INTERDITES.   Des enfants couraient dans tous les sens dans le parc de la cité Bel-Air. Le jardin d'enfants, situé au coeur de la résidence, fonctionnait comme l'organe principal de ces tours en béton qui nous servaient de logements. Des groupes de femmes trônaient à l'entrée du parc. Assises sur le seul banc à l'ombre, une armada de poussettes barricadaient leur emplacement privilégié. Au centre, la cage à poules dominait les autres jeux éparpillés ici et là. La baleine, le tourniquet avec une de ses planches cassée, tournait sans fin et sans personne. Tous ces jeux sans intérêt sentaient la tristesse urbaine. La voie d'une mère brisait la cacophonie ambiante en appelant son fils du 4ème étage, c'était l'heure du goûter. Pain et Chocolat à croquer. C'était le meilleur moment de la journée, le calme s'installait pour quelques instants. Chat Glacé ! Une voix stridente venait fendre ce moment de tranquillité et relançait le rythme infernal des...

La place, par Sophie M., écrivante

La place  La place que tu occupes, la place que tu me donnes, que je ne prends pas, celle que je laisse quand je me lève parce que tu es fatiguée, très vieille, très jeune, enceinte ou simplement parce qu’aujourd’hui Tu y as droit. La place que je perds Qui va à la chasse perd sa place, que je trouve ou non. La place à côté du radiateur, au fond avec les cancres ou devant parce qu’Elle m’a à l’œil. Fini les bavardages. La place, entre la mère et l’oncle. Cesse de donner des coups de pieds sous la table. Tiens toi droit, Tes coudes, Ta serviette. Écoute-moi quand je te parle. Oui je sais, tu me l’as déjà dit… S’entendre : Il n’y a plus de place pour vous. Trop âgé, trop diplômé, bon à la casse. Direction Polemploi. Tu rejoins la place des miséreux, des qui ne se perdront plus dans les files d’attentes des théâtres, des cinémas, des spectacles trop chers, où, de toutes façons, il n’y a plus de place. La place du clochard, dans l’encoignure de la porte, non loin du distributeur. Tu ne...

L'insouciance, vue par Véronique D., écrivante

I nsouciance Six heures, le réveil sonne. Il saute de son lit, enfile ses pantoufles, allume la cafetière. Revigoré par la douche froide, il avale d'un trait la tasse de café, debout dans la cuisine. Il ajuste sa cravate, boutonne son costume et attrape sa serviette en cuir. À cette heure, rare sont les passants. L'air est doux en cette matinée de printemps. Les moineaux gazouillent, les bourgeons commencent à éclore. Il se remplit de cette atmosphère légère avant d'affronter la journée de travail qu'il sait rude. Négociation d'un important contrat avec une compagnie aérienne chinoise, marchepied doré pour le poste de directeur adjoint qu'il convoite depuis si longtemps. Enfin, ses efforts seront récompensés. Ainsi a-t’il construit sa vie. Ambition rigoureuse, travail acharné depuis son plus jeune âge, manœuvres commerciales pas toujours licites. Sa seconde peau, c'est le droit, les textes juridiques. Il attaque, assassine ses adversaires avec son arme, la j...

Rêve non autorisé, par Yolande L., écrivante

Les choses sérieuses pourront bien attendre. Je ne m’autorise aucun rêve puisque ma vie est parfaite, je possède tout ce qu’on peut rêver : - un appartement immense ; - un compagnon fidèle ; - des enfants aimants ; - des amis bienveillants ; - une coiffeuse qui me tient au courant des derniers potins ; - des électroménagers derniers cris ; - un chalet à la montagne ; - et j’en passe car je ne veux pas vous mettre mal à l’aise par cet excès de bonheur. D’ailleurs je ne rêve pas. En tous cas, je ne me souviens jamais de mes rêves. Rêver, quel temps perdu ! Surtout quand la vie est parfaite. Mais depuis que Conchita a démissionné, je suis débordée. Conchita a rendu son tablier pour faire le clown. Quelle drôle d’idée ! Elle m’a dit qu’elle en avait marre de faire des soupes aux légumes bio. J’ai rien compris. Elle m’a laissé une lettre : « Faire des choses inutiles pendant qu’il en est encore temps. Les choses sérieuses pourront b...

La poire oubliée, de Yolande L., écrivante

Une poire oubliée Une poire oubliée lâche tout et tombe assise sur le derrière Banquette trop dure Sacs en plastique qui débordent Heure de pointe Nuit froide Agglutinement des intimes Les gares défilent Les visages pâles se reflètent Les néons éblouissent Bousculades Transpiration Lassitude   Nettoyage des bureaux jusqu’à quand ?   Appartement calme Son refuge Canapé moelleux Thé fumant Bain chaud Petit mot sur la table « N’oublies pas que c’est ton anniversaire »   Yolande L., j uin 2016 Un premier jet écrit d'après le texte de Jules Renard, Nos frères farouches, « Feuilles d’automne », Gallimard, 1907. "Une violette d’automne est plus qu’une autre modeste ; il faut faire toutes les allées du jardin, se baisser, attraper une courbature avant d’avoir le petit bouquet de violettes d’un sou. Quel égoïste avalerait lui-même la fraise d’automne ? On n’ose la cueillir que pour la bouche pure d’une petite fille aimée. Une suprême rose se déshabille et meurt. Un...

À la manière de Brautigan, par Stéfanie B., écrivante

À la manière de Richard Brautigan Étoiles de Vie Près des étoiles, les nuages chargés de dépression panseront leur mélancolie bercée de roulis d'éternité. / Humanité À grands coups d'Amour, je lécherai tes lèvres pour ne pas oublier que les femmes meurent d'ennui en maternité. / Nostalgie Calé, bien au fond de ma poche, ce kleenex de jeunesse froissée sent encore la morve au nez. Stéfanie B. Paris, mai 2014 Consigne : écrire la manière de Brautigan